11 février 2006
HOMOSEXUALITE, OSCARS ET TAPIS ROUGE
L'homosexualité au cinéma ou la maigre pitance
Le cinéma a enfin ouvert ses portes à l'homosexualité mais cela n'a pas toujours été le cas. La représentation des gays et des lesbiennes est restée très longtemps carencée dans les salles obscures. Certes, bon nombre de spectateurs ont en mémoire le succès de
PHILADELPHIA, long métrage bouleversant. L'histoire d'Andy, avocat gay, atteint du sida et licencié de façon abusive, a été encensée par la presse et nimbée d'Oscars en 1993. Mais maigre fut la pitance durant les années 90.
Peur d'offusquer le public bien-pensant ? Sans doute, si l'on se réfère à ce même film, PHILADELPHIA. Côté cajoleries, le long métrage de Jonathan Demme est très édulcoré. La caméra du réalisateur ne filme aucune scène d'amour afin de ne point choquer. Les cinéastes et producteurs demeurent circonspects même au vingt-et-unième siècle. Il suffit d'observer les petites modifications opérées dans le scénario de TROIE. Brad Pitt y incarnait Achille, or le personnage entretenait
une relation gay avec Patrocle. Mais pas question de faire allusion à cette homosexualité au cinéma. Amant d'Achille, Patrocle a finalement été présenté comme le cousin de ce dernier... Mais ailleurs, sur le petit écran, les homos ne sont pas invisibles.

Une vague irisée dans la lucarne
Depuis quelques années, l'homosexualité fait florès dans le monde du petit écran. La lucarne a affiché ses gays et lesbiennes dans les émissions de télé-réalité ainsi que dans FRIENDS (l'ex-épouse de Ross, Carol, aime une femme), dans BUFFY CONTRE LES VAMPIRES (le couple Willow et Tara) ou encore dans la sitcom ELLEN DE GENERES où l'actrice, qui a donné son nom à la série, a fait un double coming-out (le sien et celui de son propre personnage). La télévision a gâté les téléspectateurs gays avec les personnages de QUEER AS FOLK. L'extase aussi pour la gent saphique avec la bande féminine, sexy et glamour à souhait de THE L WORD, série sans tabous, couronnée d'un casting divin puisque dans ce dernier y
figurent entre autres Jennifer Beals (FLASHDANCE), Pam Grier (JACKIE BROWN) et Karina Lombard (LEGENDES D'AUTOMNE). Preuve du succès de THE L WORD : la parodie THE D WORD, présentée à Paris, lors du Festival des Films Gays et Lesbiens en 2005.
La télévision diffuse des séries de qualité où les personnages principaux éprouvent une attirance sexuelle pour les êtres du même sexe. Assez rétif à mettre en scène ces protagonistes pendant plusieurs années, le cinéma grand public opère lui aussi un virage à 180 degrés à l'instar, semblerait-il, d'un Brad Pitt craignant de rater le coche. L'acteur de Troie voudrait s'offrir une séance de rattrapage. Selon le tabloïd britannique, The Sun (connu pour ses informations souvent controversées), l'époux d'Angelina Jolie chercherait à tout prix à incarner un gay, histoire de profiter du succès du SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN, film de Ang Lee mettant en scène une love story entre deux cow-boys. Info ou intox ? Seul Brad Pitt détient la vérité mais l'essentiel est ailleurs. La propagation de cette rumeur montre qu'à présent, le thème de l'homosexualité au cinéma suscite moins de réprobation de la part des spectateurs et est loin de constituer une entrave au succès des films qui l'abordent. 
The Oscar Pride
Aileen et Selby, Clarissa et Sally, Teena Brandon et Lana, Jack et Ennis... Dénominateur commun de tous ces couples : l'homosexualité. Le septième art invite désormais à sa table les acteurs et actrices interprétant des rôles gays ou lesbiens. Le cinéma ne se limite pas à leur proposer un simple appéritif accompagné d'amuse-gueules dérisoires. Car c'est avec un vrai festin qu'il les accueille. Au menu, une myriade de mets savoureux auréolés d'Oscars scintillants.
En 1999, Hilary Swank est révélée au grand public après la sortie de BOYS DON'T CRY, via le personnage tourmenté de Teena Brandon, jeune femme victime d'une crise d'identité sexuelle et amoureuse de Lana, incarnée par Chloë Sevigny. L'ex-collègue de Jason Priestley (BEVERLEY HILLS) reçoit l'Oscar et le Golden Globe de la Meilleure Actrice. Hilary Swank n'a pas usurpé ses récompenses. Six ans plus tard, la belle se voit décernée derechef un deuxième Oscar pour sa talentueuse interprétation du personnage de Maggie Fitzgerald dans MILLION DOLLAR BABY.
L'année 1999 ouvre la voie royale : les cinéastes de la décennie suivante marchent sur les pas de Kimberley Peirce (réalisatrice de BOYS DON'T CRY) tout en imposant leur propre style. Nominé aux Oscars en 2003, THE HOURS, film sur Virginia Woolf, met en scène un couple saphique (Clarissa et Sally, interprétées respectivement par Meryl Streep et Allison Janney) ainsi qu'un poète gay (incarné par Ed Harris). L'année
suivante, le monde découvre le sourire radieux d'une actrice sud-africaine lors de la fameuse cérémonie aux statuettes tant convoitées par les stars du grand écran. L'Oscar de la Meilleure Actrice est attribué à Charlize Theron pour son interprétation remarquable dans MONSTER. La blonde au charme incontestable y incarne le rôle d'une tueuse en série, amoureuse de Selby, jeune fille un peu égarée. La moisson n'a pas été mauvaise puisque l'actrice a glané au passage un Golden Globe et un Ours d'argent.
Les cinéastes n'ont pas fini de sortir de leur placard les scenarii noircis mais aussi irisés par une encre soucieuse de ne pas omettre les homosexuel(le)s dans le domaine de la bobine et de la caméra. La 78ème Cérémonie des Oscars propose un très bon cru. Le long métrage de Benett Miller, Truman Capote, concourt dans la
catégorie Meilleur Film. LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN caracole en tête des nominations . Le film a été sélectionné dans pas moins de cinq catégories (Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur pour Heath Ledger, Meilleure Actrice dans un second rôle pour Michèle Williams et enfin Meilleur Acteur dans un second rôle pour Jack Gyllhenhaal).
L'homosexualité s'offre une arrivée impériale au cinéma et une place d'honneur dans la cour des grands. Les personnages gays et lesbiens sont-ils trop visibles à l'écran ? Pas assez pour certains et assurément pour d'autres. N'en déplaise
au public frileux et homophobe. Car, pendant de trop nombreuses années, les placards sont restés rigoureusement cadenassés... Contraint de cacher sa préférence sexuelle pour les hommes, Edward Montgomery Clift (1920-1966), acteur américain, beau gosse et parangon pour James Dean et Al Pacino, a fini par sombrer dans l'alcool et la drogue. L'attirance pour une personne du même sexe pouvait ruiner une carrière. Ce temps est-il complètement révolu à présent ? En tout cas, une évolution est perceptible. Rupert Everett s'est finalement décidé à faire son coming-out.
Cependant, tout n'est pas rose aujourd'hui si l'on en croit les propos tenus par Ian McKellen (Gandalf dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX) au cours d'une conférence de presse. Celui-ci considère qu'il est «très, très difficile pour un acteur américain qui veut faire carrière d'être ouvertement homosexuel. Et encore plus difficile pour une femme si elle est lesbienne. C'est très triste que ce soit encore le cas» (d'après une information publiée sur Têtu.com). Le constat laisse un goût amer mais il n'en demeure pas moins que l'amour homosexuel est un thème qui, sous le patronage de brillants cinéastes, enfante à présent de splendides joyaux dont l'éclat illumine avec brio le septième art.
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