Dossiers de la rédaction

* * * * * * Lumière sur l'homosexualité au cinéma * * * * * *

10 février 2006

LESBIENNES AU CINE, LESBIENNES A LA TELE

Zoom avant sur Monster, Boys don't cry et The L Word




affiche_monster_2Etats-Unis d'en haut, Etats-Unis d'en bas    
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Réalisés à partir de faits divers authentiques, MONSTER et BOYS DON'T CRY présentent des affinités bien que les histoires d'Aileen Wuornos et de Teena Brandon diffèrent sur certains points. Toujours est-il que les deux lesbiennes partagent un point commun : leur milieu social. Rien à voir avec les personnages féminins de la série, désormais culte, THE L WORD. Bette, Tina et leurs amies résident dans la vitrine reluisante des Etats-Unis, à Los Angeles. La tueuse en série, brillamment incarnée par Charlize Theron, ne peut s'offrir ce luxe. Paria de la société, elle erre dans des hôtels modestes, perdus au fin fond de l'Amérique. Aileen est une grande familière du bitume. Sans le sous, celle-ci est contrainte de faire le commerce de son corps. Sortir de cette condition s'avère une mission impossible pour boys_don_t_cry_prison2l'amoureuse de Selby. Le personnage principal de MONSTER a beau multiplier ses entretiens d'embauche afin de gagner sa vie sans avoir à se souiller auprès des hommes mais ses efforts demeurent enfermés dans une cruelle inanité. Teena Brandon ne baigne pas non plus dans la guimauve.shane._ Ses poches sont loin d'être remplies de billets verts :afin de faire plaisir à son amoureuse, la jeune femme dérobe une bague en toc dans la supérette du coin.


the_l_word_bette_en_tailleur2Le groupe de lesbiennes de la fameuse série créée par Ilene Chaiken, ne mène pas le même train de vie que Teena et Aileen dont l'allure trahit la pauvreté. Les tenues d'executive woman de Bette dénotent son statut professionnel. Miss Porter est à la tête de la direction d'un musée et partage sa demeure cossue avec Tina, ancienne cadre. Comme elles, leurs amies ne se préocuppent pas de savoir comment finir le mois.  Alice est journaliste, Dana est une joueuse de tennis professionnelle (la Kournikova, version lesbienne) tandis que Shane coiffe les supers stars, genre Madonna... the_l_word_alice2the_l_word_dana_repas_offert_par_lara1

Certains personnages de la série sont certes confrontés à des difficultés financières. Marina doit de l'argent à sa compagne Francesca à qui elle a fait un emprunt afin de pouvoir ouvrir son bar, le fameux Planet. Jenny the_l_word_jenny_auto_stop3ne roule pas non plus sur l'or. La jeune femme, qui tente de percer dans le monde littéraire, occupe un poste de caissière dans un supermaché puis, lorsque son couple bat de l'aile, la voilà vagabonde, sans domicile fixe. Néanmoins, le niveau de vie de ces personnages est bien supérieur à celui de Teena et d'Aileen, dont la compagne, Selby, se plaint d'avoir l'estomac dans les talons. Bref, ces homosexuelles du grand écran n'ont pas atterri dans un jardin édénique.

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Le Rose et le Noir

D'un côté, les soirées littéraires, mondaines et les vernissages et de l'autre, celles où l'on tente d'oublier une existence de loser. L'atmosphère n'est pas des plus folichonnes dans MONSTER et BOYS DON'T CRY où les personnages traînassent ici et là sans but précis. Aucune lueur dans cette vie de laissés-pour-compte. Mais la the_l_word_dana_regardant_jennyviolence, les coups de poings et les viols laissent des plaies béantes et visibles malgré la désertion du jour. Teena et Aileen sont toutes deux victimes d'une brutalité lâche, masculine et létale. Plus d'aurore, désormais, pour ces femmes abusées, égarées et ensevelies dans les profondeurs de la terre, creuset des vers de terres et des putréfactions en tout genre.

monster_7Portrait vitriolé, portrait glamour. Le tableau proposé par Jenkins et Peirce contraste de façon patente avec celui de Chaiken. L'atmosphère est emplie d'une noirceur extrêmement funeste et lugubre dans les deux drames. Celle-ci est assurément différente dans THE L WORD où Alice et ses consorts s'attardent sur des questionsshane3 existentielles comme le rajeunissement vaginal et l'épilation des fesses. La blonde bisexuelle passe également son temps à compléter sa fameuse toile au coeur de laquelle se trouve l'incontournable Shane, sublime avatar de Dom the_l_word_shane_et_l_afficheJuan décliné au féminin. La légèreté et l'insouciance s'inscrivent dans  le quotidien de ces personnages lesbiens cependant, ce dernier est parfois ponctué de vicissitudes amères mais celles-ci apparaissent bien dérisoires face au sort tragique d'Aileen et de Teena, soeurs quasi siamoises dans la souffrance.


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Des personnages lesbiens,
des actrices en état de grâce


MONSTER
et BOYS DON'T CRY mettent en scène deux homosexuelles impécunieuses, pauvre fleur de macadam ou femme désorientée, enfants maudites des Etats-Unis et surtout reflets de l'intolérance féroce dudit pays. Les personnages d'Aileen et de Teena se situent aux antipodes de ceux de THE L WORD.

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Le petit écran présente une autre image de l'homosexuelle ainsi qu'un autre visage du pays Outre-Atlantique, ouvert et humain cette fois-ci. La lesbienne n'est ni homme manqué, ni une femme condamnée à être conspuée ad vitam aeternam. Comme le montre THE L WORD, elle n'est pas nécessairement une adepte inconditionnelle du treillis et de la coupe garçonne. Relativement bien intégrées à la société, Bette, Tina, Alice, Dana et Shane incarnent la lesbienne chic de Los Angeles, tantôt envahie par le spleen, tantôt enivrée par des moments euphoriques. Shane et ses amies s'apparenteraient plus à la progéniture sexy (Rita et Betty) d'un David Lynch,  réalisateur génial de MULHOLLAND DRIVE.

charlize_theron1Enlisée dans le fait macabre au cinéma, l'homosexuelle apparaît dans la petite lucarne sous les traits sublimes d'une femme très moderne et citadine (Bette et Alice, par exemple), toujours à la pointe de la mode (Shane, en particulier). Qu'il provienne du petit ou grand écran, le personnage lesbien fait des heureuses. Charlize Theron a rafflé un prestigieux Oscar ainsi que d'autres statuettes pour son rôle de femme saphique tandis que, rayonnante, Hilary Swank peut désormais se targuer de tutoyer la prestigieuse cérémonie d'Hollywood et ses récompenses toutes dorées. Côté télé, THE L WORD connaît un franc succès. Diffusée sur Pink TV mais aussi sur Canal +, la série n'est hilary_swank_21pas uniquement réservée à un public gay et lesbien. Relevant du fait divers lugubre et érpouvant, MONSTER et BOYS DON'T CRY découvrent à visage nu une Amérique fermée et montrent la façette la plus sombre de l'homme qui, face à sa victime, repousse toujours les limites de la cruauté jusqu'à l'ultime soupir de cette dernière. Si les deux films ne sont pas le résultat de réalisatrices se positionnant en grandes pourfendeuses pataudes et assommantes de la cause homosexuelle, il n'en demeure pas moins qu'ils apportent  leur pierre à l'édifice de la visibilité des lesbiennes à l'instar de la série culte qui a récemment débarqué en France. Que du beau monde pour interpréter des rôles saphiques ! Au final, des actrices en orbite, des spectateurs éblouis et avides de découvrir d'autres réussites dans les salles obscures ainsi que des fans comblés et surtout impatients de savourer les prochaines saisons de THE L WORD.

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